Capital
Un pays sans capital est un pays sans défense. (Hier et demain)
Les pays où les socialistes* auront le pouvoir, non de détruire le capital, ce qui est impossible, mais de le faire émigrer, sont voués à une rapide décadence. (Hier et demain)
* À l'époque où Le Bon écrivait ces lignes (1918), les socialistes marxistes marchaient la main dans la main avec les communistes et leur "programme" (rupture avec l'économie de marché et le capital, nationalisations des moyens de production, abolition de la propriété privée, collectivisation, etc.) s'apparenterait peu ou prou de nos jours avec celui des partis d'extrême gauche ou la politique menée par les dernières dictatures populaires. La scission socialiste/communiste n'interviendra qu'en 1919, suite à l'organisation par les bolcheviques du Kominterm ou IIIe Internationale. La scission socialiste/anarchiste était intervenue en 1896, lors congrès de Londres. (N.D.A.)
Capitalisme
Il est impossible de dire si le capitalisme disparaîtra dans l'avenir, on ne peut nier aujourd'hui qu'après avoir transformé le monde en moins d'un siècle, il reste l'élément indispensable de ses nouveaux progrès. (Hier et demain)
Caractère
La valeur de l'homme ne se mesure pas au niveau de son instruction, mais à celui de son caractère. (Aphorismes du temps présent)
La force du caractère, et non l'instruction, donne à l'homme une armature intérieure résistante. Privé de cette armature, il devient le jouet de toutes les circonstances. (Aphorismes du temps présent)
Un individu ou une race font leur chemin dans la vie beaucoup plus avec leur caractère qu'avec leur intelligence. (L'influence de la race dans l'histoire)
De la décadence qui nous menace, le plus sûr symptôme est l'affaiblissement général des caractères. [...] L'indécision et la mollesse deviennent partout dominantes. (La Psychologie politique et la défense sociale)
Causes (premières)
Dans l'état actuel des sciences, rien ne nous autorise à espérer que les causes premières d'un phénomène quelconque puissent jamais être pressenties. (L'Homme et les sociétés)
Céder
Céder toujours aux menaces et aux violences, c'est faire naître dans l'âme populaire l'idée qu'il suffit de menacer, et au besoin de saccager, pour être obéi. (Aphorismes du temps présent)
Céder une fois à la foule, c'est lui donner conscience de sa force et se condamner à lui céder toujours. (Aphorismes du temps présent)
Dès qu'on entrevoit la nécessité de céder, il ne faut pas attendre le moment où il sera impossible de ne pas céder. (Aphorismes du temps présent)
Gouverner c'est pactiser, pactiser n'est pas céder. (Hier et demain)
Césars
Les Césars apparaissent toujours quand un peuple se livre à d'incessantes luttes intestines. (cité in La Psychologie politique et la défense sociale)
Chagrins
La plupart des chagrins et des joies de l'existence résultent de ce que nous attachons aux choses une importance disproportionnée à leur valeur. (Hier et demain)
Chance
La chance n'est pas, comme le disaient les anciens à propos de la fortune, une déesse aveugle. Elle accorde volontiers à l'optimiste les faveurs refusées au pessimiste. (Psychologie des temps nouveaux)
Changement
Plus on pénètre dans l'étude des phénomènes, plus on reconnaît que le changement est la loi absolue des choses. Les êtres vivants ne continuent à vivre qu'à l'expresse condition de se transformer sans cesse. Le monde minéral lui-même éprouve des transformations incessantes. (L'Homme et les sociétés)
L'état actuel du monde est le résultat de son état passé, comme la fleur est le résultat de l'évolution de la graine ; et c'est en vain qu'en examinant seulement la fleur et la graine on chercherait à connaître la série des changements qui permettront à l'une de revêtir un jour les formes de l'autre. (L'Homme et les sociétés)
Chine
Notre civilisation a brisé la grande muraille de la Chine et semé la ruine dans ces contrées lointaines. Par un juste retour des choses – qui prouve que les violations des lois morales s'expient toujours –, le flot dont nous avons brisé les digues déborde maintenant, et, de tous les dangers auxquels les peuples civilisés sont exposés, cette invasion est peut-être le plus grand. Les Chinois n'ont pas encore émigré en Europe, mais le moment n'en est pas loin. (L'Homme et les sociétés)
Le récit des relations de l'Europe civilisée avec la Chine au dix-neuvième siècle est l'une des plus tristes pages de l'histoire de notre civilisation. Nos descendants sont peut-être appelés à l'expier chèrement un jour. Que pensera-t-on dans l'avenir de cette sanglante guerre, dite de l'opium, où la Chine se vit forcée à coups de canon d'accepter le poison que les Anglais avaient introduit chez elle et que le gouvernement chinois, effrayé des dangers qui résultaient de son usage, voulait proscrire ? (La Civilisation des Arabes)
Chinois
La sobriété du Chinois, et son absence de besoins, jointes à son esprit industrieux, ont produit ce résultat frappant, que toutes les fois qu'il vient faire concurrence aux ouvriers de nations qui se croient très supérieures, ces ouvriers sont obligés de lui céder la place. L'Amérique et l'Australie en sont réduites aujourd'hui à lui interdire leur territoire. (La Civilisation des Arabes)
Chômage
Comment faire vivre la croissante multitude des chômeurs ? L'heure approche où aucun budget ne pourra suffire à leur entretien, et on ne peut entreprendre indéfiniment des travaux publics pour les faire vivre. (Bases scientifiques d'une philosophie de l'Histoire)
Christianisme
En enseignant la fraternité universelle et la déchéance de l'homme, le christianisme a détruit chez les Romains l'idée de patrie et anéanti la civilisation antique. Le triomphe de l'idéal socialiste désagrégerait de même le culte de la patrie et, par la lutte des classes, engendrerait des guerres civiles conduisant chaque patrie à se détruire elle-même. (Hier et demain)
Circonstances
On ne saurait juger des sentiments d'un être d'après sa conduite dans un cas déterminé. L'homme d'une circonstance n'est pas celui de toutes les circonstances. (Aphorismes du temps présent)
Civilisation
Les civilisations ont été créées et guidées jusqu'ici par une petite aristocratie intellectuelle, jamais par les foules. Ces dernières n'ont de puissance que pour détruire. (Psychologie des foules)
La civilisation adoucit les mœurs, cultive l'esprit, mais elle ne développe pas les qualités guerrières, et prépare inévitablement la chute des empires. Les peuples où chacun possède une certaine aisance se trouvent bientôt menacés par ceux où la majorité est dans le besoin et désire changer son sort. C'est ainsi que la plupart des grandes civilisations anciennes ont péri. (La Civilisation des Arabes)
La civilisation décline quand l'individu revient à l'état grégaire, c'est-à-dire se soumet de plus en plus à l'influence du nombre. Le socialisme et sa forme ultime, le communisme, sont des manifestations très nettes de cette tendance régressive. (Bases scientifiques d'une philosophie de l'Histoire)
Une civilisation avancée contient des résidus de toutes les étapes successivement franchies. L'homme des cavernes et les barbares du temps d'Attila y ont des représentants. (Aphorismes du temps présent)
Collectivisme
Tout individu travaillant à une oeuvre collective au succès de laquelle il n'est pas intéressé fournit un faible rendement. De ce principe psychologique, si méconnu des socialistes, résulte que les entreprises gérées par l'État coûtent cher et rapportent peu. (Hier et demain)
Colonisation
Nous avons été semer la guerre et la discorde chez ces nations lointaines, et troubler leur repos séculaire. C'est à leur tour maintenant de troubler le nôtre. (L'Homme et les sociétés)
Communisme
Le communisme, forme ultime de la puissance du nombre, semble représenter une évolution dernière des démocraties, en attendant leur terminaison par des dictatures personnelles suivant une loi que déjà formulait Platon* et plusieurs fois vérifiée au cours de l'histoire. (Bases scientifiques d'une philosophie de l'Histoire)
* "La tyrannie ne surgit et ne s'instaure dans aucun autre régime politique que la démocratie : c'est de l'extrême liberté que sort la servitude la plus totale et la plus rude." (Platon, La République)
Si les théories communistes avaient régi l'humanité à travers les âges, l'homme vivrait encore au fond des cavernes, vêtu de peaux de bêtes et disputant aux animaux féroces une problématique pâture. La persistance du bolchevisme en Russie ramènera bientôt ce pays aux ténèbres de la préhistoire. (Les Incertitudes de l'heure présente)
Si l'humanité finit par préférer l'asservissement collectif à la liberté elle entrera dans un âge de définitive régression. (Hier et demain)
Compétence
La compétence sans autorité est aussi impuissante que l'autorité sans compétence. (Hier et demain)
Concurrence
Pas de progrès sans concurrence, et par conséquent sans luttes industrielles. (Hier et demain)
Condition ouvrière
La triste condition de l'individu condamné dans une usine à un abrutissant travail engendre forcément dans son âme la haine de l'ordre social. L'usine a fait de l'ouvrier moderne un nomade sans patrie que rien n'attache au sol qui l'a vu naître ou aux institutions qui l'entourent. (L'Homme et les sociétés)
La corporation* exerçait à l'égard de l'ouvrier une tutelle très utile. Les ouvriers de chaque corps de métier étaient en réalité des associés sûrs de leurs débouchés. Il existait entre eux une sorte de solidarité qui exerçait une puissante action morale. Sans doute l'ouvrier avait infiniment moins de liberté que maintenant, et n'avait guère d'espoir de voir sa condition s'améliorer, mais en revanche il possédait beaucoup plus de sécurité et de stabilité dans les moyens d'existence qu'il n'en a aujourd'hui. La grande industrie a donné de nos jours à l'ouvrier plus de liberté apparente ; mais, en l'abandonnant entièrement à ses propres forces et le laissant à la merci de ces chômages fréquents que les crises industrielles modernes engendrent, elle a rendu sa situation plus précaire qu'autrefois. Soustrait à l'antique tutelle de la corporation, il n'a plus à compter dans l'impitoyable lutte pour l'existence que sur les ressources de son intelligence. (L'Homme et les sociétés)
* En Europe, les premières corporations remontent au début du XIe siècle. (N.D.A.)
À aucune époque, le sort des classes laborieuses ne fut plus favorisé qu'il ne l'est aujourd'hui. À aucun âge cependant, elles ne firent entendre de plaintes plus vives. (La Psychologie politique et la défense sociale)
Connaître (se)
L'adage antique : « Connais-toi toi-même » est heureusement d'une réalisation impossible, car nous connaissant nous-mêmes, découvrant les luttes perpétuelles dont notre entendement est le siège, notre existence sombrerait dans un chaos d'incertitudes. S'ignorer vaut mieux parfois que se connaître. (Opinions et croyances)
Conquérants
L'art de manier des illusions est aussi nécessaire aux conquérants que l'art de manier les canons. (Hier et demain)
Conquêtes militaires
Une des vérités les mieux démontrées par les faits est qu'un pays ne gagne rien à vouloir s'annexer des peuples étrangers contre leur volonté. (Hier et demain)
Contagion mentale
C'est par le mécanisme de la contagion, jamais par celui du raisonnement, que se propagent les opinions et les croyances des foules. (Psychologie des foules)
La contagion mentale est un phénomène psychologique en vertu duquel les individus soumis à son influence agissent, non d'après leur volonté, mais selon celle des êtres qui les entourent. (Enseignements psychologiques de la guerre européenne)
Le vice aussi bien que la vertu se propage par contagion mentale. (Les incertitudes de l'heure présente)
Convictions
Quand des millions d'hommes professent certaines opinions et d'autres millions d'hommes des opinions exactement contraires, on peut être certain que ces convictions reposent sur des bases mystiques ou affectives, et nullement rationnelles. (Hier et demain)
Convention
Lorsqu'on voudra montrer jusqu'où peut tomber un gouvernement populaire, il faudra rappeler l'histoire de la Convention. [...] Petits avocats sans causes, médecins sans clients, curés défroqués, devenaient subitement égaux aux plus puissants tyrans de l'histoire. En guillotinant, noyant, mitraillant sans pitié, au hasard de leurs fantaisies, ils prenaient conscience de s'élever d'une humble condition au niveau de célèbres potentats. Jamais Néron ni Héliogabale ne dépassèrent en tyrannie les représentants de la Convention. Des lois et des coutumes contenaient toujours un peu les premiers. Rien ne refrénait les seconds. (La Révolution française et la psychologie des révolutions)
Coutumes
Les coutumes constituent un des facteurs fondamentaux de la stabilisation sociale. Un peuple ne sort de la barbarie qu'après s'être plié au joug de la coutume et il y retourne dès que cet élément de stabilisation a perdu sa force. Les lois contribuent à fixer les coutumes, mais ne les créent pas. Pour être efficace, une loi doit codifier la coutume et non la précéder. (Bases scientifiques d'une philosophie de l'Histoire)
Couvents
Je considère qu'en tous pays la place d'une jeune fille est près de sa mère, et non dans ces asiles d'ignorance et de moralité douteuse qu'on nomme des couvents. (L'Homme et les sociétés)
Critiquer
Les personnes ayant l'habitude de tout critiquer sont généralement celles qui possèdent le moins d'esprit critique. (Hier et demain)
Croisades
Une des plus funestes conséquences des croisades fut d'avoir établi pour des siècles l'intolérance dans le monde, et de lui avoir donné ce caractère de cruauté barbare qu'aucune religion, celle des juifs exceptée, n'avait connu encore. (La civilisation des Arabes)
Croyances
Ce n'est pas avec la raison, c'est le plus souvent contre elle, que s'édifient les croyances capables d'ébranler le monde. (Hier et demain)
On ne discute pas plus avec les croyances des foules qu'avec les cyclones. (Psychologie des foules)
Les croyances peuvent changer de nom, mais sous leur changeante apparence le philosophe sait reconnaître leur fond identique. Il considère, par exemple, comme proches parents les socialistes, avec leurs théories égalitaires, les dévots, avec leurs bûchers, et les révolutionnaires, avec leurs guillotine. (L'Homme et les sociétés )
Peut-on supposer un peuple dépourvu de croyances religieuses ? Le monde n'en a pas encore connu et probablement n'en connaîtra jamais. Le besoin mystique d'une foi directrice et stabilisatrice semble irréductible. (Bases scientifiques d'une philosophie de l'Histoire )
Dès qu'une croyance nouvelle se répand, on voit se grouper autour d'elle beaucoup d'hommes indifférents à cette croyance, mais y trouvant des prétextes pour assouvir leurs passions et leurs convoitises. (La Révolution française et la psychologie des révolutions)
Les persécutions les plus violentes ne sauraient ébranler les croyances. Elles ne font même que les fortifier. Si les communistes étaient appelés à subir les supplices auxquels Néron condamnait les chrétiens, la foi communiste connaîtrait une extension plus rapide que celle qu'elle connaît d'aujourd'hui. (Bases scientifiques d'une philosophie de l'Histoire)